Actions Tokenisées vs Actions Traditionnelles
Comparaison détaillée entre actions tokenisées et actions traditionnelles — infrastructure, droits, coûts, liquidité et perspectives.
Actions tokenisées vs actions traditionnelles : analyse comparative complète
La tokenisation des actions ne crée pas un nouveau type d’actif mais modernise la forme de détention et de transfert. Selon le principe de neutralité technologique de l’AMF : mêmes activités, mêmes risques, mêmes règles. Cette comparaison structurée s’appuie sur les données du marché français et européen.
Tableau comparatif
| Critère | Actions traditionnelles | Actions tokenisées |
|---|---|---|
| Support | Inscription en compte (Euroclear) | Registre distribué (blockchain) |
| Conservation | Dépositaire central + conservateurs | Portefeuille numérique / DLT |
| Règlement | T+2 (2 jours ouvrables) | Potentiellement instantané |
| Accès investisseur | Via courtier obligatoire | Direct (portefeuille numérique sur LISE) |
| Horaires de négociation | 9h-17h30 (Euronext Paris) | Potentiellement 24/7 |
| Fractionnement | Parts entières (sauf courtiers fractionnés) | Natif — fractions de token |
| Droits de vote | Chaîne d’intermédiaires | Smart contract direct |
| Dividendes | Distribution via dépositaire (5-15 jours) | Smart contract (potentiellement instantané) |
| Preuve de propriété | Attestation du conservateur | Registre blockchain immutable |
| Transparence | Limitée aux rapports | On-chain, auditable |
| Coût d’émission (IPO) | 100 000 - 500 000+ EUR | Potentiellement réduit de 50-75 % |
| Réglementation | MiFID II, Règlement Prospectus, MAR | Identique + régime pilote DLT / DEEP |
| Fiscalité | PFU 30 % (31,4 % en 2026) | Identique si instrument financier |
| Éligibilité PEA | Oui (UE/EEE) | Non confirmé |
| Capitalisation marché | 6 700 milliards EUR (Euronext) | ~6,66 milliards USD (STO mondial) |
Droits des actionnaires : identiques par nature
Les droits des actionnaires sont identiques que l’action soit traditionnelle ou tokenisée : droit de vote en assemblée générale, droit aux dividendes, droit à l’information, droit de préemption, boni de liquidation. La distinction est dans l’exécution : smart contracts vs chaîne d’intermédiaires.
Le principe fondamental posé par le cadre MiFID II et confirmé par l’AMF est celui de la neutralité technologique. Un instrument financier est un instrument financier, qu’il soit représenté par une inscription en compte chez Euroclear ou par un token sur un registre distribué. Les obligations de divulgation (Règlement Prospectus), les règles de protection des investisseurs et la conformité au régime des abus de marché (MAR) s’appliquent de manière identique.
Infrastructure traditionnelle : Euronext et ses circuits
Euronext Paris, principale place boursière française fondée en 1724, fait partie du groupe Euronext qui opère dans huit pays européens (France, Pays-Bas, Belgique, Irlande, Portugal, Italie, Grèce et Norvège). La capitalisation boursière globale d’Euronext a atteint 6 700 milliards EUR en décembre 2025, avec plus de 1 900 émetteurs (contre 1 800 en 2024) et 5 300 investisseurs institutionnels.
Le circuit d’une transaction sur Euronext implique de multiples intermédiaires. L’investisseur passe par un courtier, qui transmet l’ordre au carnet d’ordres d’Euronext. Après l’exécution, la compensation est assurée par LCH SA, puis le règlement-livraison par Euroclear France intervient en T+2 (deux jours ouvrables). La conservation est assurée par des dépositaires comme CACEIS (5 300 milliards EUR sous conservation) ou BNP Paribas Securities Services.
Le CAC 40, indice de référence des 40 plus grandes capitalisations françaises, représente environ 20 % de la capitalisation de la zone euro, avec des fourchettes allant de 6 à 275 milliards EUR par composant. Les trois premières capitalisations sont LVMH (337,25 milliards EUR), Hermès (228,98 milliards EUR) et L’Oréal (212,16 milliards EUR).
Infrastructure tokenisée : LISE SA et le DEEP
LISE SA (Lightning Stock Exchange), autorisée le 13 octobre 2025 par l’ACPR, est la première bourse d’actions entièrement tokenisée en Europe. Son règlement de 72 pages a été approuvé par l’AMF. La licence DLT TSS combine les fonctions de Système Multilatéral de Négociation (MTF) et de Dépositaire Central de Titres (CSD) sur une seule infrastructure blockchain.
L’innovation clé de LISE réside dans la désintermédiation : les investisseurs particuliers négocient directement des actions tokenisées via portefeuilles numériques, sans comptes de courtage intermédiaires. La propriété des actions est enregistrée sur la blockchain. Les sociétés cotées doivent convertir toutes les actions en circulation en forme tokenisée sur le registre distribué de la plateforme. Les premières IPO sont prévues début 2026.
Les actionnaires de LISE SA sont CACEIS (groupe Crédit Agricole), BNP Paribas et Bpifrance, garantissant l’ancrage institutionnel. LISE cible les PME et ETI françaises valorisées en dessous de 500 millions EUR, dans les secteurs énergie, infrastructure et défense.
Le DEEP (Dispositif d’Enregistrement Électronique Partagé), issu de la loi PACTE, constitue le cadre juridique français permettant l’enregistrement de titres financiers sur blockchain. Il autorise l’inscription de titres financiers non cotés sur un registre distribué en France, servant de fondation juridique à la tokenisation.
Avantages mesurables de la tokenisation
Règlement accéléré. Le passage de T+2 à un règlement quasi-instantané élimine le risque de contrepartie pendant la période de règlement et libère du capital plus rapidement. La BCE a validé ce modèle en traitant 1,59 milliard EUR en 200 transactions lors des essais DLT de gros en 2024.
Accessibilité élargie. Le fractionnement natif des tokens permet d’investir avec des montants réduits. Sur Euronext, une action LVMH coûte environ 700 EUR. Sous forme tokenisée, un investisseur pourrait acquérir une fraction de cette action pour quelques euros.
Automatisation des droits. Les dividendes et votes sont exécutés automatiquement par smart contract, éliminant les délais de distribution (5-15 jours pour les dividendes traditionnels) et les chaînes d’intermédiaires. Blockpulse encode les droits attachés aux actions directement sur la blockchain avec exécution automatique.
Coûts d’émission réduits. Les coûts d’une IPO traditionnelle (100 000 à 500 000+ EUR en frais juridiques, audit, communication) peuvent être réduits de 50 à 75 % grâce à l’automatisation des processus. Ceci est particulièrement pertinent pour les PME que LISE SA cible.
Transparence en temps réel. Chaque mouvement s’inscrit de façon indélébile dans les registres. Les investisseurs peuvent vérifier à tout moment la table de capitalisation, les transactions passées et les droits attachés à leurs tokens.
Avantages des actions traditionnelles
Maturité et profondeur. Euronext compte plus de 800 sociétés cotées à Paris et 5 300 investisseurs institutionnels. La profondeur du carnet d’ordres garantit une liquidité immédiate pour les grandes capitalisations. Les revenus d’Euronext ont atteint 1,8 milliard EUR en 2025 (+12,1 %).
Éligibilité PEA confirmée. Le Plan d’Épargne en Actions (plafond 150 000 EUR, ou 225 000 EUR pour le PEA PME-ETI) offre une exonération d’impôt sur le revenu après 5 ans (seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % s’appliquent en 2026). L’éligibilité des actions tokenisées au PEA n’est pas confirmée.
Protection des investisseurs rodée. Le médiateur AMF, les tribunaux de commerce et le FGDR (Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution) offrent des recours éprouvés. Le cadre de protection de l’investisseur est testé depuis des décennies.
Couverture par les indices. Les 8 indices représentatifs des PME et ETI françaises cotées sur Euronext couvrent plus de 500 valeurs Small & Mid Cap, donnant aux investisseurs institutionnels un accès structuré au marché.
Le marché des PME : opportunité de convergence
Euronext Growth, marché MTF destiné aux PME enregistré comme SME Growth Market sous MiFID II depuis octobre 2019, offre des prospectus allégés et des obligations simplifiées. Près de 1 500 PME sont cotées sur les marchés Euronext. Le programme IPOready a accompagné 160 entreprises en 2025, plus grand programme pré-IPO d’Europe.
C’est précisément pour les PME que la convergence entre les deux modèles est la plus prometteuse. La France compte 3,43 millions de PME représentant 99 % des entreprises et plus des deux tiers de l’emploi. Une PME sur quatre échoue par manque de financement à court terme selon la Commission européenne. LISE SA cible ce segment avec des coûts d’introduction réduits et un accès direct des investisseurs particuliers.
Le crowdfunding français a atteint un record de 1,02 milliard EUR en 2022, avec 58 plateformes equity et 4 plateformes tokenisées (Tantiem, Slice, Lemox, CrowdX, We Take Part). La convergence entre crowdfunding equity et STO crée un continuum de financement pour les PME.
Fiscalité comparée
Le régime fiscal est identique pour les actions traditionnelles et tokenisées qualifiées d’instruments financiers. Le PFU s’applique à 30 % en 2025, porté à 31,4 % au 1er janvier 2026 (12,8 % IR + 18,6 % PS, PLFSS 2026 adopté le 16 décembre 2025). L’option pour le barème progressif reste avantageuse pour les faibles revenus.
La directive DAC 8, transposée par la loi de finances 2025, impose aux prestataires de déclarer automatiquement les transactions en crypto-actifs à partir du 1er janvier 2026, renforçant la transparence fiscale dans l’écosystème tokenisé.
Régime pilote DLT : cadre d’évolution
Le régime pilote DLT, entré en vigueur le 23 mars 2023 sous le Règlement (UE) 2022/858, autorise trois types d’infrastructures : DLT MTF, DLT SS et DLT TSS. Trois opérateurs ont obtenu leur autorisation : LISE SA (France, octobre 2025), Securitize Europe (Espagne, novembre 2025) et 21X AG (Allemagne, en cours).
Les réformes de décembre 2025 envisagent l’extension à tous types d’instruments financiers, l’augmentation du seuil de 6 à 100 milliards EUR, et la suppression de la limite de 500 millions EUR de capitalisation. L’investissement d’Euronext de 5 millions EUR dans Tokeny Solutions (23,5 %) et le partenariat Tokeny-21X illustrent la convergence entre marchés traditionnels et tokenisés.
Actionnariat salarié : terrain d’application privilégié
L’actionnariat salarié français représente un écosystème de 230 milliards EUR d’encours d’épargne salariale fin 2025 (+15 %), bénéficiant à près de 13 millions de salariés. Le PEE concentre 166 milliards EUR dont 70 milliards en fonds d’actionnariat salarié. Les BSPCE représentent 67 % des plans d’intéressement en startup, et 91,3 % des entreprises French Tech privilégient ce mécanisme.
La France est championne européenne de l’actionnariat salarié coté avec 31 % de salariés actionnaires (EFES). Bouygues (22 %), Eiffage (21 %) et Vinci (11 %) sont les leaders du CAC 40. Les investissements ont atteint 4,71 milliards EUR en 2024 (+5,4 %), avec un taux de souscription record de 53 %. La loi de partage de la valeur de 2023 a relevé le plafond d’AGA de 10 % à 15 % du capital.
La tokenisation de l’actionnariat salarié via Blockpulse ou Equify simplifie le suivi des BSPCE et AGA, automatise les droits de vote et les distributions, et offre une liquidité accrue sur les marchés secondaires numériques. Le cadre du DEEP sécurise juridiquement ces opérations.
Le rôle de Bpifrance dans l’écosystème
Bpifrance a accordé un record de 20 milliards EUR de crédit en 2024 (+4,5 %), finançant 15 000 entreprises. Son fonds Bpifrance Entreprises a collecté 250 millions EUR avec un ticket à 500 EUR, donnant accès à 1 200 entreprises non cotées. Le Fonds National de Venture Industriel a déployé 115 millions EUR et le FNA 3 a engagé 110 millions EUR. Le prêt croissance (300 000 à 5 000 000 EUR, 3 à 7 ans, différé 24 mois) cible les PME et ETI en développement.
L’écosystème de financement alternatif atteint 22,35 milliards USD en 2025 (TCAC 14,4 %), avec plus de 200 prêteurs actifs et des acteurs comme October, Lendosphere, Credit.fr et Fundimmo. La BEI a signé plus de 100 accords en France pour 12,6 milliards EUR en 2024.
Conclusion : complémentarité, pas substitution
La tokenisation ne remplace pas les actions traditionnelles mais les complète. Euronext sert les grandes et moyennes capitalisations avec une infrastructure éprouvée. LISE SA cible les PME et ETI qui n’auraient pas accédé au marché traditionnel. L’actionnariat salarié (230 milliards EUR d’encours d’épargne salariale, 13 millions de bénéficiaires, 4 % du capital du CAC 40) bénéficie des deux modèles.
Le lancement d’Euronext Securities en septembre 2026 pour les actions et ETF en France, Italie, Belgique et Pays-Bas pourrait intégrer des capacités de tokenisation via Tokeny, créant un marché hybride où la frontière entre actions traditionnelles et tokenisées s’estompe. Pour les émetteurs et les investisseurs, la question n’est plus le choix entre les deux formes mais leur coexistence optimale.
Analyses connexes : Euronext vs LISE, STO vs IPO, droits des actionnaires, régime pilote DLT, PEA et tokens, BSPCE vs BSPCE tokenisé, private equity tokenisé.