STO vs IPO
Comparaison entre Security Token Offering et Introduction en Bourse traditionnelle — processus, coûts, réglementation et perspectives.
STO vs IPO : deux voies d’accès au marché
L’introduction en bourse (IPO) et la Security Token Offering (STO) permettent toutes deux aux entreprises d’accéder au marché des capitaux. L’IPO est un processus mature de plusieurs siècles. La STO est un mécanisme émergent qui exploite la blockchain pour moderniser l’émission et la négociation de titres. Cette comparaison s’appuie sur les données réelles du marché français et européen.
Tableau comparatif détaillé
| Critère | IPO traditionnelle | STO (Security Token Offering) |
|---|---|---|
| Coût total estimé | 100 000 - 500 000+ EUR | Potentiellement 50-75 % inférieur |
| Délai de préparation | 6-18 mois | 3-6 mois (estimation) |
| Prospectus | Complet (visé par l’AMF) | Identique si > 8M EUR, allégé en dessous |
| Marché de cotation | Euronext Paris, Growth, Access | LISE SA, marchés DLT européens |
| Accès investisseurs | Via courtier obligatoire | Direct via portefeuille numérique |
| Règlement | T+2 via Euroclear | Potentiellement instantané sur blockchain |
| Liquidité post-cotation | Profonde (800+ sociétés, 5 300 institutionnels) | En construction (LISE début 2026) |
| Fractionnement | Parts entières (sauf courtiers fractionnés) | Natif — fractions de token |
| Horaires | 9h-17h30 (jours ouvrés) | Potentiellement 24/7 |
| IPO Europe 2024 | 15 milliards EUR (+122 %) | Part du marché STO mondial |
| Marché mondial STO 2025 | — | 6,66 milliards USD |
| Programme pré-IPO | IPOready (160 entreprises) | Pas encore d’équivalent structuré |
| Intermédiaires requis | Banque introductrice, avocat, auditeur | Réduits (plateforme DLT + conseil) |
Le marché des IPO sur Euronext : historique et tendances
L’historique des IPO sur Euronext illustre la cyclicité du marché. L’année 2021 a été record avec 164 introductions. En 2023, le marché a ralenti à 64 IPO dont 45 sur Euronext Growth, le segment le plus actif. En 2024, 53 nouvelles sociétés ont été cotées, levant 3,9 milliards EUR (+55 % par rapport à 2023). Les exemples notables incluent Exosens et Imeon Energy (alumni IPOready) et Planisware (éditeur de logiciels soutenu par le PE).
L’année 2025 a été particulièrement faible. Pour la première fois depuis l’IPO d’Euronext NV il y a plus d’une décennie, les sociétés ont levé moins d'1 milliard USD via IPO sur ses marchés. Seules 2 IPO ont dépassé 100 millions EUR. Les facteurs explicatifs incluent les tensions politiques en France et la concurrence accrue d’autres places boursières européennes (Stockholm notamment). 36 % des sociétés cotées en 2025 étaient des entreprises Tech.
En compensation, plus de 200 sociétés cotées ont levé plus de 15 milliards EUR via des opérations secondaires (follow-on), démontrant que les marchés de capitaux restent actifs même en l’absence d’IPO significatives.
Au niveau européen, les IPO ont atteint 15 milliards EUR en 2024 (+122,4 %), avec 25 milliards USD d’IPO soutenues par le private equity (+80 %). Le programme IPOready d’Euronext, plus grand programme pré-IPO d’Europe, a accompagné 160 entreprises en 2025 dans les secteurs les plus dynamiques.
Le marché des STO : données et trajectoire
Le marché mondial des STO a atteint 5,6 milliards USD en 2024 avec 75 émissions. Les émissions cumulées ont dépassé 10 milliards USD à mi-2025. Le TCAC est d’environ 19 % sur la période 2024-2033, avec une prévision de 26,78 milliards USD. L’adoption institutionnelle atteint 57 %, portée par BlackRock, Goldman Sachs et JPMorgan.
En Europe, les revenus de tokenisation ont atteint 821,4 millions USD en 2024. La BCE a traité 1,59 milliard EUR en 200 transactions lors des essais DLT de gros. Le marché global de tokenisation (actions, obligations, immobilier) a atteint 3,32 milliards USD en 2024, avec une projection de 12,83 milliards USD en 2032.
Processus d’IPO vs processus de STO
IPO traditionnelle sur Euronext. L’entreprise sélectionne une banque introductrice, prépare un prospectus visé par l’AMF, organise un roadshow auprès d’investisseurs institutionnels, fixe un prix d’introduction et cote ses actions. Le processus dure 6 à 18 mois et mobilise avocats, auditeurs, communicants et la banque introductrice pour un coût total de 100 000 à 500 000+ EUR pour les PME.
STO sur marché DLT. L’entreprise tokenise ses actions via le DEEP ou une plateforme conforme, prépare un prospectus (complet si > 8M EUR, allégé sinon), et cote les tokens sur un marché DLT réglementé comme LISE SA. Le processus est potentiellement plus court (3-6 mois) et moins coûteux grâce à l’automatisation et la réduction des intermédiaires.
Les obligations de prospectus sont identiques pour les equity tokens qualifiés d’instruments financiers. Mais les exemptions (levées < 8M EUR, investisseurs qualifiés) réduisent significativement les coûts pour les PME. LISE SA cible précisément les PME et ETI de moins de 500 millions EUR qui trouvent le processus IPO traditionnel trop lourd et coûteux.
LISE SA : la bourse tokenisée française
LISE SA (Lightning Stock Exchange), autorisée le 13 octobre 2025 par l’ACPR sous licence DLT TSS, est la première bourse d’actions tokenisée en Europe. Son règlement de 72 pages a été approuvé par l’AMF. Développée avec la Banque de France, l’ESMA, l’AMF et la BCE, elle cible les PME et ETI françaises dans les secteurs énergie, infrastructure et défense.
L’innovation clé : les investisseurs particuliers accèdent directement via portefeuilles numériques, sans courtier. Les sociétés convertissent toutes leurs actions en forme tokenisée. Les actionnaires de LISE (CACEIS, BNP Paribas, Bpifrance) garantissent l’ancrage institutionnel. Les premières IPO tokenisées sont prévues début 2026.
Coûts comparés : l’avantage PME
Pour une PME levant 5 millions EUR :
Via IPO sur Euronext Growth : frais juridiques (50-100K EUR), audit (20-50K EUR), communication financière (20-50K EUR), banque introductrice (3-5 % du montant levé = 150-250K EUR). Total : 240-450K EUR, soit 5-9 % du montant levé.
Via STO sur LISE SA : frais de tokenisation et plateforme (estimation 50-100K EUR), prospectus allégé (20-50K EUR), audit (20-50K EUR). Total estimé : 90-200K EUR, soit 2-4 % du montant levé. Économie potentielle de 50-60 %.
Cette différence de coût est déterminante pour les 3,43 millions de PME françaises. Bpifrance a démontré la demande avec un ticket à 500 EUR donnant accès à 1 200 entreprises non cotées. Le financement alternatif français atteint 22,35 milliards USD, confirmant l’appétit pour des voies de financement diversifiées.
Actionnariat salarié : un cas d’usage spécifique aux STO
L’actionnariat salarié français représente 230 milliards EUR d’encours d’épargne salariale bénéficiant à 13 millions de salariés. Les BSPCE représentent 67 % des plans d’intéressement en startup, et 91,3 % des entreprises French Tech les privilégient. La tokenisation de ces instruments via Blockpulse ou Equify offre une alternative à l’IPO traditionnelle pour offrir de la liquidité aux salariés-actionnaires.
Les investissements en actionnariat salarié ont atteint 4,71 milliards EUR en 2024 (+5,4 %), avec un taux de souscription record de 53 %. La loi de partage de la valeur de 2023 a relevé le plafond d’AGA de 10 % à 15 % du capital. Le STO offre à ces salariés un accès à la liquidité sur marché secondaire DLT sans attendre une IPO traditionnelle qui pourrait ne jamais se réaliser pour les PME de taille modeste.
Capital-risque et sortie via STO
Le private equity français atteint 135 milliards EUR d’actifs sous gestion en 2025. Les sorties ont atteint 11,9 milliards EUR en 2024 (+57 %). Le STO représente un nouveau canal de sortie pour les fonds de PE et VC, complémentaire à l’IPO et aux cessions industrielles. Bpifrance a investi 7,5 milliards EUR en fonds de fonds depuis 2020, mobilisant 650 fonds partenaires. Le fonds Bpifrance Entreprises (ticket à 500 EUR, 1 200 entreprises) démontre l’appétit pour l’accès démocratisé aux entreprises non cotées que les STO peuvent élargir.
Le capital-risque français, troisième hub startup en Europe avec 3,2 milliards USD en 2025, pourrait bénéficier des STO comme mécanisme de sortie intermédiaire. Les startups en phase de croissance (Series B/C) pourraient tokeniser une partie de leur capital pour offrir de la liquidité sans l’engagement d’une IPO complète sur Euronext.
Régime pilote DLT et réformes
Le régime pilote DLT (Règlement (UE) 2022/858, 23 mars 2023) autorise trois types d’infrastructures : DLT MTF, DLT SS et DLT TSS. LISE SA (France, octobre 2025), Securitize Europe (Espagne, novembre 2025) et 21X AG (Allemagne, en cours) sont les opérateurs autorisés ou en cours d’autorisation.
Les réformes de décembre 2025, dans le Paquet d’Intégration des Marchés de Capitaux, sont transformatrices : seuil de 6 à 100 milliards EUR, suppression de la limite de 500 millions EUR, extension à tous instruments financiers, régime simplifié pour petites plateformes jusqu’à 10 milliards EUR. Le calendrier législatif prévoit l’adoption au plus tard fin 2026. La BCE a contribué à crédibiliser l’infrastructure en traitant 1,59 milliard EUR en 200 transactions lors des essais DLT de gros en 2024.
Fiscalité identique
Le régime fiscal est identique pour IPO et STO si les tokens qualifient d’instruments financiers : PFU 31,4 % en 2026 (12,8 % IR + 18,6 % PS). Dividendes au PFU ou barème avec abattement 40 %. L’éligibilité PEA n’est pas confirmée pour les tokens. La directive DAC 8 renforce la transparence à partir du 1er janvier 2026.
Euronext : pont entre les deux mondes
L’investissement d’Euronext de 5 millions EUR dans Tokeny Solutions (23,5 %) et le plan « Innovate for Growth 2027 » positionnent le groupe comme pont entre IPO traditionnelle et STO. Le programme IPOready (160 entreprises accompagnées) pourrait intégrer la préparation à la tokenisation. Le lancement d’Euronext Securities en septembre 2026 pourrait créer une infrastructure hybride traditionnelle-blockchain.
Les 8 indices PME/ETI d’Euronext couvrent plus de 500 valeurs Small & Mid Cap. Les 1 500 PME cotées sur Euronext représentent un vivier de candidats à la migration vers des formats tokenisés, créant un marché hybride où IPO et STO coexistent.
Le marché européen de la tokenisation
Les revenus européens de tokenisation ont atteint 821,4 millions USD en 2024, avec un TCAC projeté de 20,9 % entre 2025 et 2030. L’adoption institutionnelle des titres numériques atteint 57 % au niveau mondial, portée par BlackRock, Goldman Sachs et JPMorgan. Les émissions cumulées de security tokens ont dépassé 10 milliards USD à mi-2025. Le marché global de tokenisation (actions, obligations, immobilier) a atteint 3,32 milliards USD en 2024, avec une projection de 12,83 milliards USD en 2032.
SG-FORGE a émis 6 obligations tokenisées depuis avril 2019 sur Ethereum. La BEI a émis 6 obligations numériques cumulant près de 400 millions EUR. Le crowdfunding français a atteint 1,02 milliard EUR en 2022, avec 4-5 plateformes tokenisées actives (Tantiem, Slice, Lemox, CrowdX, We Take Part). Ces émissions primaires alimentent la demande pour des marchés secondaires comme LISE SA.
Crowdfunding et IPO : le chaînon manquant
Le crowdfunding equity offre une voie d’accès au financement pour les entreprises en phase d’amorçage (seuil ECSP de 5 millions EUR). Le STO comble l’écart entre crowdfunding et IPO en offrant des montants de levée plus élevés et une liquidité secondaire structurée. Une entreprise peut ainsi lever via crowdfunding (< 5 millions EUR), puis via STO sur LISE SA (5-500 millions EUR), puis envisager une IPO classique sur Euronext si sa taille le justifie.
La pression concurrentielle transatlantique
Les acteurs européens de la tokenisation ont alerté les législateurs sur la nécessité d’amender rapidement le régime pilote DLT. Les limites actuelles freinent le développement de marchés onchain réglementés face à la concurrence américaine. La citation résumant l’enjeu : « La liquidité mondiale n’attendra pas si l’Europe reste contrainte. » Pour les PME françaises cherchant un financement via STO, cette dimension concurrentielle internationale est déterminante.
Conclusion
L’IPO et la STO ne s’excluent pas mutuellement. L’IPO traditionnelle reste adaptée aux entreprises de taille significative cherchant une cotation sur un marché profond et éprouvé (6 700 milliards EUR de capitalisation, 5 300 investisseurs institutionnels). La STO offre une voie d’accès au marché moins coûteuse (économie de 50-60 %) et plus rapide (3-6 mois vs 6-18 mois) pour les PME qui n’auraient pas entrepris une IPO traditionnelle. La convergence entre les deux modèles, illustrée par le partenariat Euronext-Tokeny et les réformes du régime pilote DLT (seuil porté à 100 milliards EUR), dessine un futur où la frontière s’efface progressivement.
Analyses connexes : prospectus et equity tokens, introductions en bourse tracker, LISE SA, Euronext vs LISE, actions tokenisées vs traditionnelles, crowdfunding vs STO, financement PME.