Vote en assemblée générale sur blockchain : vers une gouvernance d’entreprise numérique
Le vote des actionnaires en assemblée générale est un droit fondamental, garanti par le Code de commerce et inchangé par la tokenisation. Ce qui change, c’est la manière dont ce droit s’exerce : la blockchain offre traçabilité, transparence et exécution automatisée.
Le vote actionnarial traditionnel vs blockchain
Processus traditionnel : La chaîne de vote passe par de multiples intermédiaires : l’actionnaire instruit son courtier, qui transmet à son dépositaire, qui centralise via le dépositaire central (Euroclear France), qui confirme à l’émetteur. Chaque étape ajoute un délai et un risque d’erreur.
Processus blockchain : L’actionnaire vote directement depuis son portefeuille numérique. Le smart contract enregistre le vote de manière horodatée et inaltérable sur le registre distribué. Le décompte est instantané et auditable.
| Critère | Vote traditionnel | Vote blockchain |
|---|---|---|
| Intermédiaires | 3-5 niveaux | 0-1 niveau |
| Traçabilité | Limitée | Complète |
| Audit | Post-hoc, complexe | Temps réel, public |
| Délai de résultat | Heures à jours | Instantané |
| Coût | Élevé | Réduit |
| Participation à distance | Par procuration | Directe |
Cadre juridique
Le Code de commerce autorise déjà le vote à distance et le vote électronique en assemblée générale. Le DEEP (Dispositif d’Enregistrement Électronique Partagé) reconnaît la blockchain comme mode d’inscription des titres, ce qui inclut logiquement l’exercice des droits attachés.
Sur LISE SA, les sociétés cotées convertissent l’intégralité de leurs actions en forme tokenisée. Les droits de vote sont donc encodés dans les smart contracts, avec exécution automatique lors des assemblées.
Smart contracts et résolutions
Le smart contract actionnarial peut automatiser :
- Convocation : Envoi automatique des documents de convocation aux portefeuilles identifiés comme actionnaires
- Enregistrement des votes : Chaque vote (pour, contre, abstention) est horodaté et inscrit de façon indélébile
- Quorum : Calcul automatique du quorum en temps réel
- Résultats : Proclamation instantanée des résultats dès la clôture du scrutin
- Exécution des décisions : Les résolutions approuvées peuvent déclencher automatiquement les actions correspondantes (distribution de dividendes, augmentation de capital)
Cas d’usage : actionnariat salarié
Le vote en assemblée est un enjeu majeur pour l’actionnariat salarié des grandes entreprises :
- 4 % du capital du CAC 40 est détenu par les salariés (fin 2024)
- Bouygues (22 %), Eiffage (21 %) et Vinci (11 %) ont des bases d’actionnaires-salariés considérables
- Le taux de souscription a atteint 53 % en 2024, un record
Pour ces millions de salariés actionnaires, la facilité de vote sur blockchain pourrait augmenter la participation aux assemblées — un enjeu de gouvernance pour les entreprises et la FAS qui vise 10 % d’actionnariat salarié d’ici 2030.
Blockpulse et Equify proposent déjà des solutions de gestion de l’actionnariat salarié sur blockchain, qui pourraient intégrer le vote en assemblée.
Avantages pour la gouvernance
Transparence : Chaque vote est visible et vérifiable, éliminant les suspicions de manipulation ou d’erreur de décompte.
Participation accrue : La simplicité du vote depuis un portefeuille numérique peut encourager les petits actionnaires à exercer leur droit de vote.
Réduction des coûts : L’élimination des intermédiaires et l’automatisation réduisent le coût d’organisation des assemblées.
Conformité : La traçabilité complète facilite la conformité avec les obligations de déclaration (MAR, transparence).
Votes à double comptage : L’unicité du registre blockchain élimine le risque de double vote, un problème récurrent dans les systèmes traditionnels multi-dépositaires.
Défis et limites
Confidentialité du vote : Le vote en assemblée peut être à bulletin secret. Sur une blockchain publique, des mécanismes cryptographiques (zero-knowledge proofs) sont nécessaires pour préserver la confidentialité tout en assurant la vérifiabilité.
Identification des votants : Le KYC de la plateforme doit garantir que seuls les actionnaires légitimes votent, et que chaque action ne confère qu’un seul droit de vote.
Complexité des résolutions : Certaines résolutions complexes (apports en nature, fusions) nécessitent des votes différenciés selon les catégories d’actions, que le smart contract doit gérer.
Cadre réglementaire : Si le vote électronique est autorisé, les conditions précises du vote sur blockchain ne sont pas encore codifiées par la réglementation française.
Perspectives
L’obligation depuis janvier 2025 pour les entreprises de 11 à 49 salariés de mettre en place un dispositif de partage de la valeur augmente le nombre d’entreprises confrontées à la gestion de l’actionnariat salarié — et donc au besoin de solutions de vote efficaces.
Les premières IPO sur LISE SA (début 2026) incluront nécessairement un mécanisme de vote en assemblée sur blockchain, créant le premier précédent à grande échelle en France.
Le guide pratique d’organisation d’AG sur blockchain détaille les étapes concrètes pour les entreprises souhaitant adopter cette technologie.
Analyses connexes : droits des actionnaires, dividendes sur tokens, LISE SA, comment organiser une AG blockchain.
Actionnariat salarié et tokenisation en France
L’actionnariat salarié français est un écosystème de 230 milliards EUR d’encours d’épargne salariale (fin 2025, +15 %), bénéficiant à près de 13 millions de salariés. Le PEE concentre 166 milliards EUR dont 70 milliards en fonds d’actionnariat salarié. Les BSPCE représentent 67 % des plans d’intéressement en startup (90 % des entreprises French Tech disposent d’un plan), et 4 % du capital du CAC 40 est détenu par les salariés.
La France est championne européenne de l’actionnariat salarié coté avec 31 % de salariés actionnaires (EFES). Les investissements ont atteint 4,71 milliards EUR en 2024 (+5,4 %), avec un taux de souscription record de 53 %. La loi de partage de la valeur de 2023 a relevé le plafond d’AGA de 10 % à 15 % du capital, et depuis janvier 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur.
Blockpulse propose des BSPCE 100 % digitaux sur blockchain via le cadre juridique du DEEP. Equify couvre RSU, Stock Options, BSPCE et Tokens. La tokenisation simplifie le suivi de l’actionnariat salarié, automatise les droits via smart contracts et offre une liquidité accrue sur les marchés secondaires numériques.
Cadre réglementaire : le régime pilote DLT
Le régime pilote DLT de l’Union européenne, entré en vigueur le 23 mars 2023 sous le Règlement (UE) 2022/858, constitue le cadre réglementaire expérimental pour la négociation et le règlement de titres tokenisés. Trois types d’infrastructures sont autorisés : les DLT MTF (Systèmes Multilatéraux de Négociation), les DLT SS (Systèmes de Règlement) et les DLT TSS (Systèmes de Trading et Règlement combinés).
Trois opérateurs majeurs ont obtenu leur autorisation. LISE SA (France) a reçu sa licence DLT TSS en octobre 2025, développée en collaboration avec la Banque de France, l’ESMA, l’AMF et la BCE, ciblant les PME et ETI françaises valorisées en dessous de 500 millions EUR. Securitize Europe (Espagne) a été autorisée en novembre 2025, premier TSS du régime pilote construit sur un réseau public crypto-natif (Avalanche). 21X AG (Allemagne) prépare l’admission d’actions et obligations tokenisées.
Les réformes proposées par la Commission européenne en décembre 2025, dans le Paquet d’Intégration des Marchés de Capitaux, envisagent des changements majeurs : extension du champ à tous types d’instruments financiers, augmentation du seuil d’activité de 6 milliards EUR à 100 milliards EUR, suppression de la restriction limitant les actions tokenisées aux entreprises de moins de 500 millions EUR, et mise en place d’un régime simplifié à deux niveaux pour les petites plateformes jusqu’à 10 milliards EUR d’émissions. Le processus législatif est prévu au moins jusqu’à fin 2026.
Le marché mondial des STO en perspective
Le marché mondial des Security Token Offerings (STO) a atteint 5,6 milliards USD en 2024, avec 75 émissions réalisées dans l’année. Les émissions cumulées de security tokens ont dépassé 10 milliards USD à mi-2025, et les prévisions tablent sur une croissance à 26,78 milliards USD d’ici 2033. Le TCAC est estimé à environ 19 % sur la période 2024-2033. L’Amérique du Nord domine avec 42 % des parts de marché, suivie par l’Europe à 34 %. L’adoption institutionnelle des titres numériques atteint 57 % au niveau mondial, portée par des acteurs comme BlackRock, Goldman Sachs et JPMorgan qui ont lancé des initiatives de tokenisation.
En Europe, les revenus de la tokenisation se sont élevés à 821,4 millions USD en 2024, avec un taux de croissance annuel composé projeté de 20,9 % entre 2025 et 2030. La Banque Centrale Européenne a contribué à la crédibilité du marché en traitant 1,59 milliard EUR en 200 transactions lors de ses essais de règlement DLT de gros en 2024. Le marché global de la tokenisation, incluant obligations et immobilier en plus des actions, a atteint 3,32 milliards USD en 2024 avec une projection à 12,83 milliards USD en 2032. Les prévisions les plus optimistes anticipent un marché des actions tokenisées de 2 000 milliards USD dans les cinq prochaines années.
Impact sur le financement des PME françaises
La France compte 3,4 millions de PME représentant 99 % des entreprises et plus des deux tiers de l’emploi. Le déficit de financement reste un défi structurel : une PME sur quatre échoue par manque de financement à court terme selon la Commission européenne, et 56 000 micro-entreprises et PME ont fait faillite entre janvier 2022 et janvier 2023 (+31 %). Le rapport OCDE 2025 confirme un environnement restrictif avec un glissement vers des financements de moindre envergure et à court terme.
Bpifrance a accordé un record de 20 milliards EUR de crédit en 2024 (+4,5 %), finançant 15 000 entreprises (+15 %). Le crédit bancaire reste accessible — 98 % des PME obtiennent leur prêt d’investissement au T3 2025 selon la Banque de France — mais le coût du crédit pour les PME s’établit à 3,51 % en décembre 2025. Les PME françaises bénéficient d’un accès comparativement meilleur : 72 % reçoivent le crédit intégral demandé (H1 2024), contre 66 % en moyenne dans la zone euro.
Le financement alternatif français a atteint 22,35 milliards USD en 2025, avec une prévision de croissance à 38,25 milliards USD d’ici 2029 (TCAC 14,4 %). Le crowdfunding, qui a atteint un record de 1,02 milliard EUR en 2022, et l’émergence des plateformes tokenisées (Tantiem, Slice, Lemox, CrowdX) offrent des voies complémentaires au crédit bancaire. Près de 1 500 PME sont déjà cotées sur les marchés Euronext, et LISE SA cible ce segment avec des coûts d’introduction réduits.
Cadre fiscal des actions tokenisées en France
Le régime fiscal des actions tokenisées dépend de leur qualification juridique. Si le token qualifie d’instrument financier au sens de MiFID II, les plus-values sont soumises au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) de 30 % jusqu’en 2025, porté à 31,4 % à compter du 1er janvier 2026 suite à la hausse des prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % (PLFSS 2026 adopté le 16 décembre 2025). L’option pour le barème progressif de l’IR reste possible et peut être avantageuse pour les faibles revenus.
Les dividendes suivent le même régime : PFU 30 % ou barème progressif avec abattement de 40 %. Pour les investisseurs professionnels, le régime des BNC s’applique avec un taux maximal pouvant atteindre 45 %. L’éligibilité au PEA (plafond 150 000 EUR, exonération d’IR après 5 ans) reste une question ouverte — les critères portent sur la nature de l’actif et non sur sa forme.
La directive DAC 8, transposée par la loi de finances 2025 et applicable au 1er janvier 2026, impose aux prestataires de déclarer automatiquement aux autorités fiscales les transactions en crypto-actifs de leurs utilisateurs. Les BSPCE bénéficient d’un régime favorable : aucune charge à l’émission, PFU 30 % à la cession. Les AGA supportent une contribution patronale de 30 % et une imposition au barème progressif pouvant atteindre 65 % du gain global.
Euronext Paris et le marché boursier français
Euronext Paris, principale place boursière française, fait partie du groupe Euronext qui opère dans huit pays européens. La capitalisation boursière globale d’Euronext a atteint 6 700 milliards EUR en décembre 2025, avec plus de 1 900 émetteurs (contre 1 800 en 2024). Euronext Paris compte plus de 800 sociétés cotées et 5 300 investisseurs institutionnels.
Le CAC 40, indice de référence des 40 plus grandes capitalisations françaises, pèse entre 1 900 et 2 619 milliards EUR selon les périodes, représentant environ 20 % de la capitalisation de la zone euro. Les trois premières capitalisations sont LVMH (337,25 milliards EUR), Hermès (228,98 milliards EUR) et L’Oréal (212,16 milliards EUR).
Euronext Growth, marché MTF destiné aux PME enregistré comme SME Growth Market sous MiFID II depuis octobre 2019, permet des prospectus allégés et des obligations simplifiées. Près de 1 500 PME sont cotées sur les marchés Euronext. Le programme IPOready a accompagné 160 entreprises en 2025, le plus grand programme pré-IPO d’Europe. Les revenus d’Euronext ont atteint 1,8 milliard EUR en 2025 (+12,1 %) dans le cadre du plan stratégique « Innovate for Growth 2027 ». L’investissement de 5 millions EUR dans Tokeny Solutions (23,5 %) illustre le positionnement sur la tokenisation.