CAC 40 et tokenisation : les grandes capitalisations françaises face à la révolution numérique des titres
Le CAC 40, indice de référence des 40 plus grandes capitalisations françaises cotées sur Euronext Paris, représente environ 20 % de la capitalisation boursière de la zone euro. Avec une capitalisation totale oscillant entre 1 900 et 2 620 milliards d’euros selon la période de référence, ces entreprises commencent à s’intéresser à la tokenisation — un mouvement qui pourrait transformer la détention, le transfert et la gestion des actions à grande échelle.
Le CAC 40 en chiffres
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Capitalisation totale (fin 2025) | 1 900 milliards EUR | TraderFrancophone / Euronext |
| Capitalisation totale (mars 2025) | 2 480 milliards EUR | CEIC / Banque de France |
| Fourchette par composant | 6 – 275 milliards EUR | Euronext |
| N°1 : LVMH | 337 milliards EUR | Données août 2024 |
| N°2 : Hermès International | 229 milliards EUR | Données août 2024 |
| N°3 : L’Oréal | 212 milliards EUR | Données août 2024 |
| Poids zone euro | ~20 % | Euronext |
L’initiative stratégique Euronext-Tokeny
L’initiative la plus significative du CAC 40 en matière de tokenisation est l’investissement d’Euronext dans Tokeny Solutions :
- Montant : 5 millions d’euros pour une participation de 23,5 %
- Objet : Tokeny est une plateforme de tokenisation conforme, permettant aux institutions de tokeniser des actifs, des actions et des fonds d’investissement sur Ethereum public
- Portée : Ce partenariat positionne Euronext pour intégrer la tokenisation dans son infrastructure de marché, couvrant ses opérations dans huit pays européens
Euronext Securities, le dépositaire central de titres du groupe, opérera à partir de septembre 2026 en France, Italie, Belgique et Pays-Bas pour les actions et ETF. L’intégration de capacités de tokenisation via Tokeny pourrait transformer la conservation et le règlement des titres du CAC 40.
Actionnariat salarié dans le CAC 40 : un levier de tokenisation
L’actionnariat salarié du CAC 40 représente un terrain d’expérimentation naturel pour la tokenisation :
Part des salariés au capital (fin 2024) : 4 % du capital total (contre 3,9 % l’année précédente). La Fédération française de l’actionnariat salarié (FAS) vise 10 % d’ici 2030, un objectif encore éloigné.
Champions de l’actionnariat salarié :
| Entreprise | Part salariés | Potentiel tokenisation |
|---|---|---|
| Bouygues | 22 % | Fort — large base d’employés actionnaires |
| Eiffage | 21 % | Fort — structure coopérative historique |
| Vinci | 11 % | Modéré à fort — programme établi |
Retardataires : Dassault Systèmes, Pernod Ricard, Hermès, LVMH et ArcelorMittal affichent moins de 2 % d’actionnariat salarié.
Investissements 2024 : 4,71 milliards d’euros investis par les salariés (+5,4 % vs 2023), un record. Investissement moyen de 5 943 EUR par salarié. Taux de souscription de 53 % (55 % chez Amundi), des niveaux jamais vus depuis la création de l’observatoire Amundi en 2013.
La tokenisation, via des plateformes comme Blockpulse ou Equify, pourrait simplifier la gestion de ces programmes massifs d’actionnariat salarié, en automatisant le vesting, les transferts et les droits de vote.
Exemple concret : TotalEnergies
TotalEnergies a attribué le 29 mars 2024 100 actions gratuites (AGA) par salarié, sous condition de présence de 5 ans. Ce type d’opération, multiplié par des dizaines de milliers de salariés, génère une complexité administrative que la tokenisation sur blockchain pourrait réduire :
- Suivi individuel du vesting automatisé par smart contract
- Preuve de propriété indélébile sur registre distribué
- Simplification des opérations lors d’augmentations de capital salarié
Épargne salariale et tokenisation
L’épargne salariale des entreprises du CAC 40 est un marché considérable :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Encours global épargne salariale (fin 2025) | 230 milliards EUR (+15 %) |
| Bénéficiaires | ~13 millions de salariés |
| Encours PEE | 166 milliards EUR (+4,9 %) |
| Dont fonds actionnariat salarié | 70 milliards EUR |
| Encours PERCO/PER Collectif | 34 milliards EUR (+14,9 %) |
| Fonds durables (Art. 8 + 9 SFDR) | 109,2 milliards EUR |
La tokenisation des parts de fonds d’épargne salariale — 230 milliards d’euros d’encours — pourrait fluidifier les arbitrages, améliorer la transparence et réduire les délais de règlement-livraison.
Contraintes actuelles
Plusieurs facteurs limitent actuellement la tokenisation des actions du CAC 40 :
Limite du régime pilote DLT : Le régime pilote actuel restreint les actions tokenisées aux entreprises de moins de 500 millions d’euros de capitalisation — excluant de facto la totalité du CAC 40 dont le minimum est de 6 milliards d’euros. Les réformes proposées en décembre 2025, prévoyant la suppression de cette limite, sont donc critiques.
Infrastructure de marché : Euronext Securities ne sera opérationnel qu’à partir de septembre 2026 pour les actions et ETF en France. L’intégration de Tokeny dans cette infrastructure est en cours.
Régulation prudentielle : La conservation d’actions tokenisées à grande échelle soulève des questions prudentielles pour les dépositaires comme CACEIS et Euroclear France.
Perspectives
Le plan stratégique « Innovate for Growth 2027 » d’Euronext (revenus de 1,8 milliard d’euros en 2025, +12,1 %) intègre la tokenisation comme axe de développement. Si les réformes du régime pilote DLT sont adoptées d’ici fin 2026, la tokenisation des actions du CAC 40 pourrait devenir une réalité opérationnelle dès 2027-2028, portée par les besoins de l’actionnariat salarié et l’infrastructure Euronext-Tokeny.
La France, champion européen de l’actionnariat salarié coté avec 31 % de salariés actionnaires (données EFES), dispose d’un avantage compétitif unique pour piloter cette transformation. Le SBF 120 a enregistré 43 opérations collectives d’actionnariat salarié en 2024, portées par 37 sociétés proposantes, avec un taux de souscription atteignant 55 % chez Amundi — des niveaux jamais vus depuis la création de l’observatoire en 2013. L’investissement moyen par salarié s’établit à 5 943 EUR, tandis que les détentions moyennes dans le SBF 120 atteignent 32 000 EUR par salarié. Pour les retardataires comme Dassault Systèmes, Pernod Ricard, Hermès, LVMH et ArcelorMittal (tous en dessous de 2 % d’actionnariat salarié), la tokenisation offrirait un levier de simplification susceptible d’accélérer leur rattrapage. L’objectif de la FAS de porter la part des salariés à 10 % du capital du CAC 40 d’ici 2030 reste ambitieux mais la trajectoire est encourageante : 4 % fin 2024 contre 3,9 % l’année précédente.
Analyses connexes : Euronext, Tokeny Solutions, dividendes sur tokens, vote en assemblée sur blockchain.
Actionnariat salarié et tokenisation en France
L’actionnariat salarié français est un écosystème de 230 milliards EUR d’encours d’épargne salariale (fin 2025, +15 %), bénéficiant à près de 13 millions de salariés. Le PEE concentre 166 milliards EUR dont 70 milliards en fonds d’actionnariat salarié. Les BSPCE représentent 67 % des plans d’intéressement en startup (90 % des entreprises French Tech disposent d’un plan), et 4 % du capital du CAC 40 est détenu par les salariés.
La France est championne européenne de l’actionnariat salarié coté avec 31 % de salariés actionnaires (EFES). Les investissements ont atteint 4,71 milliards EUR en 2024 (+5,4 %), avec un taux de souscription record de 53 %. La loi de partage de la valeur de 2023 a relevé le plafond d’AGA de 10 % à 15 % du capital, et depuis janvier 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur.
Blockpulse propose des BSPCE 100 % digitaux sur blockchain via le cadre juridique du DEEP. Equify couvre RSU, Stock Options, BSPCE et Tokens. La tokenisation simplifie le suivi de l’actionnariat salarié, automatise les droits via smart contracts et offre une liquidité accrue sur les marchés secondaires numériques.
Euronext Paris et le marché boursier français
Euronext Paris, principale place boursière française, fait partie du groupe Euronext qui opère dans huit pays européens. La capitalisation boursière globale d’Euronext a atteint 6 700 milliards EUR en décembre 2025, avec plus de 1 900 émetteurs (contre 1 800 en 2024). Euronext Paris compte plus de 800 sociétés cotées et 5 300 investisseurs institutionnels.
Le CAC 40, indice de référence des 40 plus grandes capitalisations françaises, pèse entre 1 900 et 2 619 milliards EUR selon les périodes, représentant environ 20 % de la capitalisation de la zone euro. Les trois premières capitalisations sont LVMH (337,25 milliards EUR), Hermès (228,98 milliards EUR) et L’Oréal (212,16 milliards EUR).
Euronext Growth, marché MTF destiné aux PME enregistré comme SME Growth Market sous MiFID II depuis octobre 2019, permet des prospectus allégés et des obligations simplifiées. Près de 1 500 PME sont cotées sur les marchés Euronext. Le programme IPOready a accompagné 160 entreprises en 2025, le plus grand programme pré-IPO d’Europe. Les revenus d’Euronext ont atteint 1,8 milliard EUR en 2025 (+12,1 %) dans le cadre du plan stratégique « Innovate for Growth 2027 ». L’investissement de 5 millions EUR dans Tokeny Solutions (23,5 %) illustre le positionnement sur la tokenisation.
Le marché mondial des STO en perspective
Le marché mondial des Security Token Offerings (STO) a atteint 5,6 milliards USD en 2024, avec 75 émissions réalisées dans l’année. Les émissions cumulées de security tokens ont dépassé 10 milliards USD à mi-2025, et les prévisions tablent sur une croissance à 26,78 milliards USD d’ici 2033. Le TCAC est estimé à environ 19 % sur la période 2024-2033. L’Amérique du Nord domine avec 42 % des parts de marché, suivie par l’Europe à 34 %. L’adoption institutionnelle des titres numériques atteint 57 % au niveau mondial, portée par des acteurs comme BlackRock, Goldman Sachs et JPMorgan qui ont lancé des initiatives de tokenisation.
En Europe, les revenus de la tokenisation se sont élevés à 821,4 millions USD en 2024, avec un taux de croissance annuel composé projeté de 20,9 % entre 2025 et 2030. La Banque Centrale Européenne a contribué à la crédibilité du marché en traitant 1,59 milliard EUR en 200 transactions lors de ses essais de règlement DLT de gros en 2024. Le marché global de la tokenisation, incluant obligations et immobilier en plus des actions, a atteint 3,32 milliards USD en 2024 avec une projection à 12,83 milliards USD en 2032. Les prévisions les plus optimistes anticipent un marché des actions tokenisées de 2 000 milliards USD dans les cinq prochaines années.
Cadre réglementaire : le régime pilote DLT
Le régime pilote DLT de l’Union européenne, entré en vigueur le 23 mars 2023 sous le Règlement (UE) 2022/858, constitue le cadre réglementaire expérimental pour la négociation et le règlement de titres tokenisés. Trois types d’infrastructures sont autorisés : les DLT MTF (Systèmes Multilatéraux de Négociation), les DLT SS (Systèmes de Règlement) et les DLT TSS (Systèmes de Trading et Règlement combinés).
Trois opérateurs majeurs ont obtenu leur autorisation. LISE SA (France) a reçu sa licence DLT TSS en octobre 2025, développée en collaboration avec la Banque de France, l’ESMA, l’AMF et la BCE, ciblant les PME et ETI françaises valorisées en dessous de 500 millions EUR. Securitize Europe (Espagne) a été autorisée en novembre 2025, premier TSS du régime pilote construit sur un réseau public crypto-natif (Avalanche). 21X AG (Allemagne) prépare l’admission d’actions et obligations tokenisées.
Les réformes proposées par la Commission européenne en décembre 2025, dans le Paquet d’Intégration des Marchés de Capitaux, envisagent des changements majeurs : extension du champ à tous types d’instruments financiers, augmentation du seuil d’activité de 6 milliards EUR à 100 milliards EUR, suppression de la restriction limitant les actions tokenisées aux entreprises de moins de 500 millions EUR, et mise en place d’un régime simplifié à deux niveaux pour les petites plateformes jusqu’à 10 milliards EUR d’émissions. Le processus législatif est prévu au moins jusqu’à fin 2026.
Impact sur le financement des PME françaises
La France compte 3,4 millions de PME représentant 99 % des entreprises et plus des deux tiers de l’emploi. Le déficit de financement reste un défi structurel : une PME sur quatre échoue par manque de financement à court terme selon la Commission européenne, et 56 000 micro-entreprises et PME ont fait faillite entre janvier 2022 et janvier 2023 (+31 %). Le rapport OCDE 2025 confirme un environnement restrictif avec un glissement vers des financements de moindre envergure et à court terme.
Bpifrance a accordé un record de 20 milliards EUR de crédit en 2024 (+4,5 %), finançant 15 000 entreprises (+15 %). Le crédit bancaire reste accessible — 98 % des PME obtiennent leur prêt d’investissement au T3 2025 selon la Banque de France — mais le coût du crédit pour les PME s’établit à 3,51 % en décembre 2025. Les PME françaises bénéficient d’un accès comparativement meilleur : 72 % reçoivent le crédit intégral demandé (H1 2024), contre 66 % en moyenne dans la zone euro.
Le financement alternatif français a atteint 22,35 milliards USD en 2025, avec une prévision de croissance à 38,25 milliards USD d’ici 2029 (TCAC 14,4 %). Le crowdfunding, qui a atteint un record de 1,02 milliard EUR en 2022, et l’émergence des plateformes tokenisées (Tantiem, Slice, Lemox, CrowdX) offrent des voies complémentaires au crédit bancaire. Près de 1 500 PME sont déjà cotées sur les marchés Euronext, et LISE SA cible ce segment avec des coûts d’introduction réduits.