LISE SA : la première bourse d’actions entièrement tokenisée en Europe
L’autorisation de LISE SA (Lightning Stock Exchange) le 13 octobre 2025 marque un moment historique pour les marchés financiers européens. Première bourse d’actions entièrement tokenisée en Europe, LISE SA fonctionne sous le régime pilote DLT et redéfinit la manière dont les actions de PME et ETI françaises sont émises, détenues et échangées.
Données clés
| Paramètre | Détail |
|---|---|
| Nom complet | LISE SA — Lightning Stock Exchange |
| Date d’autorisation | 13 octobre 2025 |
| Régulateur | ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) |
| Règlement approuvé par | AMF (72 pages) |
| Licence | DLT TSS (Trading and Settlement System) |
| Type d’infrastructure | MTF + CSD combinés sur DLT |
| Cible | PME et ETI françaises < 500 millions EUR |
| Secteurs | Énergie, infrastructure, défense |
| Première IPO | Prévue début 2026 |
Actionnariat institutionnel
L’actionnariat de LISE SA réunit trois piliers du système financier français :
CACEIS (groupe Crédit Agricole) : Le premier dépositaire d’actifs en Europe et quatrième mondial. Sa participation apporte l’expertise en conservation de titres et en services aux investisseurs.
BNP Paribas : Première banque de la zone euro par les actifs, BNP Paribas apporte son réseau d’investisseurs institutionnels et sa capacité de distribution.
Bpifrance : La banque publique d’investissement, qui a accordé 20 milliards d’euros de crédit en 2024 (record hors Covid) et financé 15 000 entreprises. Sa présence garantit l’alignement avec la politique publique de soutien aux PME.
Le développement de LISE s’est fait en concertation avec la Banque de France, l’ESMA, l’AMF et la Banque Centrale Européenne — une gouvernance multi-institutionnelle sans précédent pour une plateforme de trading.
Innovation technique : le modèle DLT TSS
LISE opère sous la licence DLT TSS, la plus complète du régime pilote, combinant :
Fonction MTF (Système Multilatéral de Négociation) :
- Confrontation des ordres d’achat et de vente
- Découverte du prix par le mécanisme de marché
- Transparence pré- et post-négociation
Fonction CSD (Dépositaire Central de Titres) :
- Enregistrement de la propriété des actions sur blockchain
- Règlement-livraison des transactions
- Tenue du registre des actionnaires
Cette combinaison élimine la séparation traditionnelle entre la bourse (Euronext), le dépositaire (Euroclear) et le conservateur (CACEIS), regroupant ces fonctions sur une seule infrastructure blockchain.
Négociation sans intermédiaire
L’innovation la plus radicale de LISE est l’accès direct des investisseurs particuliers :
Modèle traditionnel : Investisseur → Courtier → Bourse → Chambre de compensation → Dépositaire
Modèle LISE : Investisseur (portefeuille numérique) → LISE (trading + règlement)
Les investisseurs négocient directement via des portefeuilles numériques, sans comptes de courtage intermédiaires. La propriété des actions est enregistrée sur la blockchain, et les transferts s’effectuent de pair à pair sur le registre distribué.
Obligation de conversion intégrale
Un aspect distinctif de LISE : les sociétés cotées doivent convertir toutes les actions en circulation en forme tokenisée sur le registre distribué de la plateforme. Il ne s’agit pas d’une cotation partielle ou d’un token représentatif — l’intégralité du capital est tokenisée, garantissant :
- Cohérence entre le registre blockchain et le registre des actionnaires
- Impossibilité de double enregistrement
- Exercice complet des droits des actionnaires (vote, dividendes) via smart contracts
Comparaison avec Euronext
| Critère | Euronext Paris | LISE SA |
|---|---|---|
| Type | Marché réglementé | MTF + CSD (DLT) |
| Infrastructure | Traditionnelle | Blockchain |
| Sociétés cotées | 800+ | En développement |
| Capitalisation | 6 700 milliards EUR | N/A (< 500M EUR par émetteur) |
| Accès investisseurs | Via courtier | Direct (portefeuille numérique) |
| Règlement | T+2 via Euroclear | Quasi-instantané on-chain |
| Cible | Toutes tailles | PME et ETI |
Positionnement concurrentiel européen
LISE SA n’est pas seule dans l’espace des bourses tokenisées en Europe :
Securitize Europe (Espagne) : Licence DLT TSS obtenue en novembre 2025, construit sur Avalanche. Cible les actions et obligations tokenisées, avec un positionnement plus international.
21X AG (Allemagne) : En cours d’autorisation, prévoit d’admettre des actions et obligations tokenisées. Collaboration avec Tokeny Solutions sur les tokens ERC-3643.
LISE se distingue par son focus exclusif sur les PME et ETI françaises et son actionnariat 100 % français et institutionnel.
Impact attendu sur les PME françaises
Les 3,43 millions de PME françaises représentent un réservoir considérable d’émetteurs potentiels. LISE cible spécifiquement :
- Secteur énergie : Transition énergétique, PME industrielles
- Infrastructure : Sociétés de travaux publics, concessions
- Défense : Sous-traitants de la base industrielle et technologique de défense (BITD)
Ces secteurs sont caractérisés par des besoins de financement importants, une base d’actionnaires souvent restreinte et un intérêt pour les solutions de financement alternatif.
Calendrier et perspectives
2025 : Autorisation obtenue, mise en place opérationnelle, recrutement des premiers émetteurs.
Début 2026 : Première IPO prévue sur la plateforme.
2026-2029 : Phase de croissance sous le régime pilote. Les réformes proposées en décembre 2025 (augmentation du seuil à 100 milliards, suppression de la limite de 500 millions) pourraient considérablement élargir le périmètre.
Post-2029 : Si les réformes sont adoptées, le régime pilote pourrait devenir permanent, transformant LISE d’une expérimentation en infrastructure de marché pérenne.
L’enjeu pour la France est de consolider le leadership de LISE SA dans un contexte de compétition européenne (Securitize, 21X) et de pression américaine croissante, tout en servant l’objectif national de financement des PME et de démocratisation de l’investissement. Les entreprises européennes de tokenisation ont averti les législateurs que « la liquidité mondiale n’attendra pas si l’Europe reste contrainte », soulignant l’urgence des réformes du régime pilote. L’introduction en bourse sur LISE représente une alternative structurante pour les PME des secteurs énergie, infrastructure et défense, qui font face à un déficit de financement récurrent : une PME sur quatre échoue par manque de financement à court terme selon la Commission européenne, alors même que 98 % des PME obtiennent leur prêt d’investissement classique auprès des banques (Banque de France, T3 2025). Le partenariat stratégique entre Tokeny Solutions et 21X, visant à améliorer la compatibilité entre les tokens ERC-3643 et les systèmes DLT, pourrait à terme favoriser l’interopérabilité entre bourses tokenisées européennes et renforcer la position de LISE SA dans cet écosystème naissant.
Analyses connexes : régime pilote DLT, AMF et tokenisation, Euronext vs LISE, marchés secondaires.
Cadre réglementaire : le régime pilote DLT
Le régime pilote DLT de l’Union européenne, entré en vigueur le 23 mars 2023 sous le Règlement (UE) 2022/858, constitue le cadre réglementaire expérimental pour la négociation et le règlement de titres tokenisés. Trois types d’infrastructures sont autorisés : les DLT MTF (Systèmes Multilatéraux de Négociation), les DLT SS (Systèmes de Règlement) et les DLT TSS (Systèmes de Trading et Règlement combinés).
Trois opérateurs majeurs ont obtenu leur autorisation. LISE SA (France) a reçu sa licence DLT TSS en octobre 2025, développée en collaboration avec la Banque de France, l’ESMA, l’AMF et la BCE, ciblant les PME et ETI françaises valorisées en dessous de 500 millions EUR. Securitize Europe (Espagne) a été autorisée en novembre 2025, premier TSS du régime pilote construit sur un réseau public crypto-natif (Avalanche). 21X AG (Allemagne) prépare l’admission d’actions et obligations tokenisées.
Les réformes proposées par la Commission européenne en décembre 2025, dans le Paquet d’Intégration des Marchés de Capitaux, envisagent des changements majeurs : extension du champ à tous types d’instruments financiers, augmentation du seuil d’activité de 6 milliards EUR à 100 milliards EUR, suppression de la restriction limitant les actions tokenisées aux entreprises de moins de 500 millions EUR, et mise en place d’un régime simplifié à deux niveaux pour les petites plateformes jusqu’à 10 milliards EUR d’émissions. Le processus législatif est prévu au moins jusqu’à fin 2026.
Impact sur le financement des PME françaises
La France compte 3,4 millions de PME représentant 99 % des entreprises et plus des deux tiers de l’emploi. Le déficit de financement reste un défi structurel : une PME sur quatre échoue par manque de financement à court terme selon la Commission européenne, et 56 000 micro-entreprises et PME ont fait faillite entre janvier 2022 et janvier 2023 (+31 %). Le rapport OCDE 2025 confirme un environnement restrictif avec un glissement vers des financements de moindre envergure et à court terme.
Bpifrance a accordé un record de 20 milliards EUR de crédit en 2024 (+4,5 %), finançant 15 000 entreprises (+15 %). Le crédit bancaire reste accessible — 98 % des PME obtiennent leur prêt d’investissement au T3 2025 selon la Banque de France — mais le coût du crédit pour les PME s’établit à 3,51 % en décembre 2025. Les PME françaises bénéficient d’un accès comparativement meilleur : 72 % reçoivent le crédit intégral demandé (H1 2024), contre 66 % en moyenne dans la zone euro.
Le financement alternatif français a atteint 22,35 milliards USD en 2025, avec une prévision de croissance à 38,25 milliards USD d’ici 2029 (TCAC 14,4 %). Le crowdfunding, qui a atteint un record de 1,02 milliard EUR en 2022, et l’émergence des plateformes tokenisées (Tantiem, Slice, Lemox, CrowdX) offrent des voies complémentaires au crédit bancaire. Près de 1 500 PME sont déjà cotées sur les marchés Euronext, et LISE SA cible ce segment avec des coûts d’introduction réduits.
Le marché mondial des STO en perspective
Le marché mondial des Security Token Offerings (STO) a atteint 5,6 milliards USD en 2024, avec 75 émissions réalisées dans l’année. Les émissions cumulées de security tokens ont dépassé 10 milliards USD à mi-2025, et les prévisions tablent sur une croissance à 26,78 milliards USD d’ici 2033. Le TCAC est estimé à environ 19 % sur la période 2024-2033. L’Amérique du Nord domine avec 42 % des parts de marché, suivie par l’Europe à 34 %. L’adoption institutionnelle des titres numériques atteint 57 % au niveau mondial, portée par des acteurs comme BlackRock, Goldman Sachs et JPMorgan qui ont lancé des initiatives de tokenisation.
En Europe, les revenus de la tokenisation se sont élevés à 821,4 millions USD en 2024, avec un taux de croissance annuel composé projeté de 20,9 % entre 2025 et 2030. La Banque Centrale Européenne a contribué à la crédibilité du marché en traitant 1,59 milliard EUR en 200 transactions lors de ses essais de règlement DLT de gros en 2024. Le marché global de la tokenisation, incluant obligations et immobilier en plus des actions, a atteint 3,32 milliards USD en 2024 avec une projection à 12,83 milliards USD en 2032. Les prévisions les plus optimistes anticipent un marché des actions tokenisées de 2 000 milliards USD dans les cinq prochaines années.
Actionnariat salarié et tokenisation en France
L’actionnariat salarié français est un écosystème de 230 milliards EUR d’encours d’épargne salariale (fin 2025, +15 %), bénéficiant à près de 13 millions de salariés. Le PEE concentre 166 milliards EUR dont 70 milliards en fonds d’actionnariat salarié. Les BSPCE représentent 67 % des plans d’intéressement en startup (90 % des entreprises French Tech disposent d’un plan), et 4 % du capital du CAC 40 est détenu par les salariés.
La France est championne européenne de l’actionnariat salarié coté avec 31 % de salariés actionnaires (EFES). Les investissements ont atteint 4,71 milliards EUR en 2024 (+5,4 %), avec un taux de souscription record de 53 %. La loi de partage de la valeur de 2023 a relevé le plafond d’AGA de 10 % à 15 % du capital, et depuis janvier 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur.
Blockpulse propose des BSPCE 100 % digitaux sur blockchain via le cadre juridique du DEEP. Equify couvre RSU, Stock Options, BSPCE et Tokens. La tokenisation simplifie le suivi de l’actionnariat salarié, automatise les droits via smart contracts et offre une liquidité accrue sur les marchés secondaires numériques.
Cadre fiscal des actions tokenisées en France
Le régime fiscal des actions tokenisées dépend de leur qualification juridique. Si le token qualifie d’instrument financier au sens de MiFID II, les plus-values sont soumises au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) de 30 % jusqu’en 2025, porté à 31,4 % à compter du 1er janvier 2026 suite à la hausse des prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % (PLFSS 2026 adopté le 16 décembre 2025). L’option pour le barème progressif de l’IR reste possible et peut être avantageuse pour les faibles revenus.
Les dividendes suivent le même régime : PFU 30 % ou barème progressif avec abattement de 40 %. Pour les investisseurs professionnels, le régime des BNC s’applique avec un taux maximal pouvant atteindre 45 %. L’éligibilité au PEA (plafond 150 000 EUR, exonération d’IR après 5 ans) reste une question ouverte — les critères portent sur la nature de l’actif et non sur sa forme.
La directive DAC 8, transposée par la loi de finances 2025 et applicable au 1er janvier 2026, impose aux prestataires de déclarer automatiquement aux autorités fiscales les transactions en crypto-actifs de leurs utilisateurs. Les BSPCE bénéficient d’un régime favorable : aucune charge à l’émission, PFU 30 % à la cession. Les AGA supportent une contribution patronale de 30 % et une imposition au barème progressif pouvant atteindre 65 % du gain global.