PME françaises et financement tokenisé : combler le déficit structurel
Les 3 432 000 PME françaises représentent 99 % des entreprises du pays et emploient plus des deux tiers de la main-d’œuvre nationale. Moteurs de l’innovation et de la compétitivité, elles font pourtant face à un déficit de financement structurel que la tokenisation des actions pourrait contribuer à résoudre.
L’ampleur du déficit de financement
Les chiffres révèlent un paradoxe français : un tissu économique dominé par les PME, mais un accès au financement inégal.
Faillites en hausse : Entre janvier 2022 et janvier 2023, 56 000 micro-entreprises et PME ont fait faillite, en hausse de 31 % sur un an. Les secteurs les plus touchés sont l’informatique et l’immobilier (+40 %), la construction (+36,5 %) et la réparation automobile (+28 %).
Échec par manque de financement : Selon la Commission européenne, une PME sur quatre échoue par manque de financement à court terme et non par défaillance du modèle économique. Ce constat justifie la recherche de canaux de financement alternatifs, dont la tokenisation.
Tendance OCDE 2025 : L’OCDE observe que les PME continuent de faire face à un environnement de financement restrictif, avec un glissement vers des financements de moindre envergure et à court terme, au détriment des investissements à plus long terme. Les sources alternatives (affacturage, leasing) sont également en baisse.
Le crédit bancaire : un accès contrasté
La Banque de France fournit un tableau nuancé du crédit aux PME :
| Indicateur | PME | ETI | Grandes entreprises |
|---|---|---|---|
| Croissance encours 2025 | +1,2 % | +0,2 % | +4,9 % |
| Coût du crédit (déc. 2025) | 3,51 % | 3,59 % | 3,02 % |
| Taux obtention prêt investissement (T3 2025) | 98 % | 96 % | N/A |
| Taux obtention crédit trésorerie (T3 2025) | 83 % | 83 % | N/A |
L’accès au crédit d’investissement reste globalement favorable (98 % des PME obtiennent leur prêt), mais le crédit de trésorerie se resserre (83 %, contre 85 % au trimestre précédent). L’écart de coût avec les grandes entreprises (3,51 % vs 3,02 %) pénalise les PME.
En comparaison européenne, les PME françaises bénéficient d’un accès comparativement meilleur : 72 % reçoivent l’intégralité du crédit demandé au S1 2024, contre 66 % en moyenne dans la zone euro.
Bpifrance : le pilier du financement public
Bpifrance, la banque publique d’investissement, joue un rôle central dans le financement des PME françaises :
Record 2024 : 20 milliards d’euros de crédit accordé — record historique hors période Covid — en hausse de 4,5 % par rapport aux 18,7 milliards de 2023. 15 000 entreprises financées, soit +15 % en nombre.
Garanties : Bpifrance garantit le financement bancaire dans les domaines de la création, l’innovation, le développement, la transmission, la trésorerie et l’internationalisation. La Garantie Verte, lancée en mars 2024, a soutenu 1 000 PME.
Fonds de fonds : Depuis 2020, Bpifrance a investi 7,5 milliards d’euros dans 650 fonds partenaires, générant un effet de levier de 31 milliards d’euros sur 1 600 opérations. Le capital disponible (dry powder) a atteint 30 milliards d’euros en 2024, doublant en 5 ans.
Bpifrance Entreprises : Ce fonds destiné aux investisseurs non professionnels permet d’accéder à un portefeuille d’environ 1 200 entreprises non cotées, avec un ticket d’entrée réduit à 500 EUR (contre 5 000 EUR initialement, soit une division par 10 en 4 ans). Collecte totale : 250 millions d’euros sur 3 fonds.
Le crowdfunding : une alternative en maturation
Le marché français du crowdfunding a connu une croissance spectaculaire avant de se stabiliser :
| Année | Montant | Évolution |
|---|---|---|
| 2022 | 1,02 milliard EUR | +62 % vs 2021 (record) |
| S1 2024 | 830 millions EUR | Ralentissement vs S1 2023 |
La France est le premier pays de l’UE en termes de fonds levés via le crowdfunding en 2023, avec 30 prestataires actifs. L’immobilier représente 55 % des flux au S1 2024.
Crowdfunding tokenisé : 4 plateformes tokenisées opèrent en France (Tantiem, Slice, Lemox, CrowdX, We Take Part), sur un total de 58 plateformes d’equity crowdfunding et 156 plateformes au total.
La tokenisation comme solution structurelle
La tokenisation des actions offre aux PME françaises plusieurs avantages pour surmonter le déficit de financement :
1. Réduction du coût d’émission : Les prospectus allégés sur Euronext Growth et les exemptions (offres < 8 millions EUR) permettent aux PME de lever des fonds à moindre coût. L’automatisation par smart contract réduit les frais d’intermédiation.
2. Accès à une base d’investisseurs élargie : LISE SA permet aux investisseurs particuliers de négocier directement des actions tokenisées via portefeuilles numériques, sans comptes de courtage intermédiaires. Cette désintermédiation ouvre le capital des PME à un public plus large.
3. Liquidité accrue : Le manque de liquidité est un frein majeur à l’investissement en PME. Blockpulse souligne que la durée moyenne de détention des titres d’une startup early stage est de 7 ans. La tokenisation, en facilitant les échanges sur des marchés secondaires, peut réduire cette illiquidité.
4. Fractionnement du capital : La tokenisation permet de diviser les actions en parts de très faible valeur, rendant l’investissement en PME accessible à des investisseurs avec des tickets réduits — comme l’a fait Bpifrance Entreprises en réduisant son ticket d’entrée à 500 EUR.
5. Transparence et traçabilité : L’enregistrement sur blockchain via le DEEP garantit la traçabilité complète des mouvements de titres, renforçant la confiance des investisseurs.
Données du marché alternatif
Le financement alternatif en France connaît une croissance soutenue :
- Taille du marché 2025 : 22,35 milliards USD
- Prévision 2029 : 38,25 milliards USD
- TCAC 2025-2029 : 14,4 %
- Plus de 200 prêteurs actifs
Les plateformes principales incluent Younited Credit, October, Lendosphere, Credit.fr, Fundimmo, PretUp, Lendopolis et WeShareBonds.
Soutien de la Banque Européenne d’Investissement
Le Groupe BEI a renforcé son soutien en France en 2024 :
- Plus de 100 accords signés
- 12,6 milliards d’euros au total
- 13 milliards de financement à long terme
- Dont 10,6 milliards via la BEI et 2,4 milliards via le FEI
Secteurs en tension
Certains secteurs connaissent une baisse des encours de crédit, renforçant le besoin d’alternatives :
| Secteur | Variation encours 2025 |
|---|---|
| Éducation, santé, services sociaux | -3,5 % |
| Commerce de gros et détail | -3,2 % |
| Industrie manufacturière | -1,7 % |
| Hébergement et restauration | -1,0 % |
| Construction | -0,9 % |
Pour ces secteurs, la tokenisation d’actions peut offrir un canal de financement complémentaire, particulièrement via les plateformes de crowdfunding tokenisé.
Perspectives
L’obligation depuis janvier 2025 pour les entreprises de 11 à 49 salariés de mettre en place au moins un dispositif de partage de la valeur crée un terreau favorable à l’actionnariat salarié tokenisé. Combinée aux premières IPO sur LISE SA prévues début 2026, cette dynamique pourrait transformer l’accès au financement des PME françaises.
Le marché mondial anticipe 2 000 milliards de dollars d’actions tokenisées dans les cinq prochaines années. Pour les 3,43 millions de PME françaises, c’est une opportunité de diversification de leur financement à saisir.
Analyses connexes : Bpifrance, LISE SA, crowdfunding et equity tokens, comment tokeniser les actions d’une PME.
Impact sur le financement des PME françaises
La France compte 3,4 millions de PME représentant 99 % des entreprises et plus des deux tiers de l’emploi. Le déficit de financement reste un défi structurel : une PME sur quatre échoue par manque de financement à court terme selon la Commission européenne, et 56 000 micro-entreprises et PME ont fait faillite entre janvier 2022 et janvier 2023 (+31 %). Le rapport OCDE 2025 confirme un environnement restrictif avec un glissement vers des financements de moindre envergure et à court terme.
Bpifrance a accordé un record de 20 milliards EUR de crédit en 2024 (+4,5 %), finançant 15 000 entreprises (+15 %). Le crédit bancaire reste accessible — 98 % des PME obtiennent leur prêt d’investissement au T3 2025 selon la Banque de France — mais le coût du crédit pour les PME s’établit à 3,51 % en décembre 2025. Les PME françaises bénéficient d’un accès comparativement meilleur : 72 % reçoivent le crédit intégral demandé (H1 2024), contre 66 % en moyenne dans la zone euro.
Le financement alternatif français a atteint 22,35 milliards USD en 2025, avec une prévision de croissance à 38,25 milliards USD d’ici 2029 (TCAC 14,4 %). Le crowdfunding, qui a atteint un record de 1,02 milliard EUR en 2022, et l’émergence des plateformes tokenisées (Tantiem, Slice, Lemox, CrowdX) offrent des voies complémentaires au crédit bancaire. Près de 1 500 PME sont déjà cotées sur les marchés Euronext, et LISE SA cible ce segment avec des coûts d’introduction réduits.
Crowdfunding et financement participatif en France
Le marché français du crowdfunding a atteint un record de 1,02 milliard EUR en 2022 (+62 %). L’écosystème compte 156 plateformes dont 58 en equity crowdfunding et 4 plateformes tokenisées (Tantiem, Slice, Lemox, CrowdX, We Take Part). La France est premier pays de l’UE pour le crowdfunding en 2023 avec 30 prestataires agréés (ECSP). Le H1 2024 a connu un ralentissement à 830 millions EUR, l’immobilier représentant 55 % des flux.
Le Règlement ECSP (European Crowdfunding Service Providers) harmonise le cadre européen avec un passeport unique. L’AMF délivre les licences CSP en France. Les plateformes tokenisées combinent les avantages du crowdfunding (accès démocratisé, tickets réduits) avec ceux de la blockchain (transparence, automatisation des droits via smart contracts, liquidité potentielle sur marché secondaire). La convergence entre crowdfunding equity et STO représente une évolution naturelle du marché.
Le marché mondial des STO en perspective
Le marché mondial des Security Token Offerings (STO) a atteint 5,6 milliards USD en 2024, avec 75 émissions réalisées dans l’année. Les émissions cumulées de security tokens ont dépassé 10 milliards USD à mi-2025, et les prévisions tablent sur une croissance à 26,78 milliards USD d’ici 2033. Le TCAC est estimé à environ 19 % sur la période 2024-2033. L’Amérique du Nord domine avec 42 % des parts de marché, suivie par l’Europe à 34 %. L’adoption institutionnelle des titres numériques atteint 57 % au niveau mondial, portée par des acteurs comme BlackRock, Goldman Sachs et JPMorgan qui ont lancé des initiatives de tokenisation.
En Europe, les revenus de la tokenisation se sont élevés à 821,4 millions USD en 2024, avec un taux de croissance annuel composé projeté de 20,9 % entre 2025 et 2030. La Banque Centrale Européenne a contribué à la crédibilité du marché en traitant 1,59 milliard EUR en 200 transactions lors de ses essais de règlement DLT de gros en 2024. Le marché global de la tokenisation, incluant obligations et immobilier en plus des actions, a atteint 3,32 milliards USD en 2024 avec une projection à 12,83 milliards USD en 2032. Les prévisions les plus optimistes anticipent un marché des actions tokenisées de 2 000 milliards USD dans les cinq prochaines années.
Cadre réglementaire : le régime pilote DLT
Le régime pilote DLT de l’Union européenne, entré en vigueur le 23 mars 2023 sous le Règlement (UE) 2022/858, constitue le cadre réglementaire expérimental pour la négociation et le règlement de titres tokenisés. Trois types d’infrastructures sont autorisés : les DLT MTF (Systèmes Multilatéraux de Négociation), les DLT SS (Systèmes de Règlement) et les DLT TSS (Systèmes de Trading et Règlement combinés).
Trois opérateurs majeurs ont obtenu leur autorisation. LISE SA (France) a reçu sa licence DLT TSS en octobre 2025, développée en collaboration avec la Banque de France, l’ESMA, l’AMF et la BCE, ciblant les PME et ETI françaises valorisées en dessous de 500 millions EUR. Securitize Europe (Espagne) a été autorisée en novembre 2025, premier TSS du régime pilote construit sur un réseau public crypto-natif (Avalanche). 21X AG (Allemagne) prépare l’admission d’actions et obligations tokenisées.
Les réformes proposées par la Commission européenne en décembre 2025, dans le Paquet d’Intégration des Marchés de Capitaux, envisagent des changements majeurs : extension du champ à tous types d’instruments financiers, augmentation du seuil d’activité de 6 milliards EUR à 100 milliards EUR, suppression de la restriction limitant les actions tokenisées aux entreprises de moins de 500 millions EUR, et mise en place d’un régime simplifié à deux niveaux pour les petites plateformes jusqu’à 10 milliards EUR d’émissions. Le processus législatif est prévu au moins jusqu’à fin 2026.