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Financement Participatif sous MiCA

L'impact du règlement MiCA sur le financement participatif en France — interaction ECSP/MiCA, obligations des plateformes et perspectives de tokenisation.

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Financement participatif sous MiCA : les nouvelles règles du jeu pour le crowdfunding tokenisé

Le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), pleinement applicable depuis décembre 2024, redéfinit les contours du financement participatif en France lorsque des crypto-actifs sont impliqués. Pour les plateformes de crowdfunding tokenisé, l’enjeu est de naviguer entre le Règlement ECSP, MiCA et le droit des marchés financiers.

Architecture réglementaire

Le financement participatif impliquant des tokens se situe à l’intersection de trois cadres :

Règlement ECSP (EU 2020/1503) :

  • Licence CSP délivrée par l’AMF
  • Seuil de 5 millions EUR par émetteur sur 12 mois
  • Passeport européen inclus
  • 30 prestataires actifs en France (premier pays de l’UE en 2023)

Règlement MiCA (EU 2023/1114) :

  • S’applique aux crypto-actifs NON qualifiés d’instruments financiers
  • Plus de 40 licences CASP délivrées dans l’UE depuis décembre 2024
  • Premiers pays : Pays-Bas, Malte, Allemagne

MiFID II :

  • S’applique aux equity tokens qualifiés d’instruments financiers
  • Principe de neutralité technologique

La qualification détermine le cadre

Type de token émisCadre applicableLicence requise
Equity token (instrument financier)ECSP + MiFID IICSP (AMF)
Utility tokenECSP + MiCACSP + CASP
Token hybrideÉvaluation au cas par casCSP + éventuellement CASP

Pour les plateformes françaises comme Tantiem, Slice, Lemox et CrowdX, la qualification des tokens émis est le point de départ de toute analyse de conformité.

Obligations sous ECSP pour les equity tokens

Les plateformes de crowdfunding émettant des equity tokens doivent respecter :

Document d’information : Chaque offre doit être accompagnée d’une fiche d’informations clés (KIIS - Key Investment Information Sheet) standardisée, décrivant l’émetteur, le projet, les risques et les conditions.

Vérification de l’adéquation : Les plateformes doivent vérifier que l’investissement est approprié pour l’investisseur, avec des tests de connaissances et de capacité financière.

Plafond individuel : Pour les investisseurs non avertis, une simulation de capacité à supporter des pertes est requise.

Gouvernance : Obligations de gouvernance interne, de gestion des conflits d’intérêts et de continuité d’activité.

Impact de MiCA sur les plateformes hybrides

Les plateformes qui émettent à la fois des equity tokens (instruments financiers) et des utility tokens (crypto-actifs non-security) font face à une double conformité :

Scénario 1 — Plateforme pure equity : Licence CSP uniquement. MiCA exclu car les equity tokens sont des instruments financiers.

Scénario 2 — Plateforme hybride : Licence CSP + licence CASP. La plateforme doit séparer les activités ou obtenir les deux licences.

Scénario 3 — Plateforme crypto avec equity : Licence CASP + agrément PSI. La plateforme crypto qui souhaite proposer des equity tokens doit obtenir un agrément complémentaire de prestataire de services d’investissement.

Données du marché

Le marché français du crowdfunding se situe dans un écosystème de financement alternatif en croissance :

IndicateurValeur
Crowdfunding France 2022 (record)1,02 milliard EUR
Croissance 2022/2021+62 %
Plateformes totales156
Plateformes equity58
Plateformes tokenisées4
France, rang UE 20231er pays
Marché alternatif France 202522,35 milliards USD
Prévision 202938,25 milliards USD

Transparence fiscale DAC 8

La directive DAC 8, transposée par la loi de finances 2025, impose à compter du 1er janvier 2026 la déclaration des transactions en actifs numériques par les prestataires. Pour les plateformes de crowdfunding tokenisé, cela signifie :

  • Déclaration aux autorités fiscales des transactions effectuées par les investisseurs
  • Identification des bénéficiaires effectifs
  • Conformité avec les règles de fiscalité des equity tokens

Perspectives

L’articulation ECSP-MiCA crée un cadre clair pour le crowdfunding tokenisé en France. Les plateformes agréées CSP peuvent émettre des equity tokens sans licence CASP supplémentaire, simplifiant la conformité.

Les premières IPO sur LISE SA (début 2026) pourraient créer un continuum entre le crowdfunding tokenisé (première levée) et la cotation sur marché secondaire (liquidité), offrant aux PME françaises un parcours de financement entièrement tokenisé.

L’écosystème français, avec ses 58 plateformes equity et 30 prestataires ECSP, dispose de l’infrastructure humaine et réglementaire pour piloter cette transformation.


Analyses connexes : crowdfunding et equity tokens, MiCA et security tokens, crowdfunding vs STO, financement PME.

Cadre réglementaire : le régime pilote DLT

Le régime pilote DLT de l’Union européenne, entré en vigueur le 23 mars 2023 sous le Règlement (UE) 2022/858, constitue le cadre réglementaire expérimental pour la négociation et le règlement de titres tokenisés. Trois types d’infrastructures sont autorisés : les DLT MTF (Systèmes Multilatéraux de Négociation), les DLT SS (Systèmes de Règlement) et les DLT TSS (Systèmes de Trading et Règlement combinés).

Trois opérateurs majeurs ont obtenu leur autorisation. LISE SA (France) a reçu sa licence DLT TSS en octobre 2025, développée en collaboration avec la Banque de France, l’ESMA, l’AMF et la BCE, ciblant les PME et ETI françaises valorisées en dessous de 500 millions EUR. Securitize Europe (Espagne) a été autorisée en novembre 2025, premier TSS du régime pilote construit sur un réseau public crypto-natif (Avalanche). 21X AG (Allemagne) prépare l’admission d’actions et obligations tokenisées.

Les réformes proposées par la Commission européenne en décembre 2025, dans le Paquet d’Intégration des Marchés de Capitaux, envisagent des changements majeurs : extension du champ à tous types d’instruments financiers, augmentation du seuil d’activité de 6 milliards EUR à 100 milliards EUR, suppression de la restriction limitant les actions tokenisées aux entreprises de moins de 500 millions EUR, et mise en place d’un régime simplifié à deux niveaux pour les petites plateformes jusqu’à 10 milliards EUR d’émissions. Le processus législatif est prévu au moins jusqu’à fin 2026.

Cadre fiscal des actions tokenisées en France

Le régime fiscal des actions tokenisées dépend de leur qualification juridique. Si le token qualifie d’instrument financier au sens de MiFID II, les plus-values sont soumises au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) de 30 % jusqu’en 2025, porté à 31,4 % à compter du 1er janvier 2026 suite à la hausse des prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % (PLFSS 2026 adopté le 16 décembre 2025). L’option pour le barème progressif de l’IR reste possible et peut être avantageuse pour les faibles revenus.

Les dividendes suivent le même régime : PFU 30 % ou barème progressif avec abattement de 40 %. Pour les investisseurs professionnels, le régime des BNC s’applique avec un taux maximal pouvant atteindre 45 %. L’éligibilité au PEA (plafond 150 000 EUR, exonération d’IR après 5 ans) reste une question ouverte — les critères portent sur la nature de l’actif et non sur sa forme.

La directive DAC 8, transposée par la loi de finances 2025 et applicable au 1er janvier 2026, impose aux prestataires de déclarer automatiquement aux autorités fiscales les transactions en crypto-actifs de leurs utilisateurs. Les BSPCE bénéficient d’un régime favorable : aucune charge à l’émission, PFU 30 % à la cession. Les AGA supportent une contribution patronale de 30 % et une imposition au barème progressif pouvant atteindre 65 % du gain global.

Le marché mondial des STO en perspective

Le marché mondial des Security Token Offerings (STO) a atteint 5,6 milliards USD en 2024, avec 75 émissions réalisées dans l’année. Les émissions cumulées de security tokens ont dépassé 10 milliards USD à mi-2025, et les prévisions tablent sur une croissance à 26,78 milliards USD d’ici 2033. Le TCAC est estimé à environ 19 % sur la période 2024-2033. L’Amérique du Nord domine avec 42 % des parts de marché, suivie par l’Europe à 34 %. L’adoption institutionnelle des titres numériques atteint 57 % au niveau mondial, portée par des acteurs comme BlackRock, Goldman Sachs et JPMorgan qui ont lancé des initiatives de tokenisation.

En Europe, les revenus de la tokenisation se sont élevés à 821,4 millions USD en 2024, avec un taux de croissance annuel composé projeté de 20,9 % entre 2025 et 2030. La Banque Centrale Européenne a contribué à la crédibilité du marché en traitant 1,59 milliard EUR en 200 transactions lors de ses essais de règlement DLT de gros en 2024. Le marché global de la tokenisation, incluant obligations et immobilier en plus des actions, a atteint 3,32 milliards USD en 2024 avec une projection à 12,83 milliards USD en 2032. Les prévisions les plus optimistes anticipent un marché des actions tokenisées de 2 000 milliards USD dans les cinq prochaines années.

Impact sur le financement des PME françaises

La France compte 3,4 millions de PME représentant 99 % des entreprises et plus des deux tiers de l’emploi. Le déficit de financement reste un défi structurel : une PME sur quatre échoue par manque de financement à court terme selon la Commission européenne, et 56 000 micro-entreprises et PME ont fait faillite entre janvier 2022 et janvier 2023 (+31 %). Le rapport OCDE 2025 confirme un environnement restrictif avec un glissement vers des financements de moindre envergure et à court terme.

Bpifrance a accordé un record de 20 milliards EUR de crédit en 2024 (+4,5 %), finançant 15 000 entreprises (+15 %). Le crédit bancaire reste accessible — 98 % des PME obtiennent leur prêt d’investissement au T3 2025 selon la Banque de France — mais le coût du crédit pour les PME s’établit à 3,51 % en décembre 2025. Les PME françaises bénéficient d’un accès comparativement meilleur : 72 % reçoivent le crédit intégral demandé (H1 2024), contre 66 % en moyenne dans la zone euro.

Le financement alternatif français a atteint 22,35 milliards USD en 2025, avec une prévision de croissance à 38,25 milliards USD d’ici 2029 (TCAC 14,4 %). Le crowdfunding, qui a atteint un record de 1,02 milliard EUR en 2022, et l’émergence des plateformes tokenisées (Tantiem, Slice, Lemox, CrowdX) offrent des voies complémentaires au crédit bancaire. Près de 1 500 PME sont déjà cotées sur les marchés Euronext, et LISE SA cible ce segment avec des coûts d’introduction réduits.

Actionnariat salarié et tokenisation en France

L’actionnariat salarié français est un écosystème de 230 milliards EUR d’encours d’épargne salariale (fin 2025, +15 %), bénéficiant à près de 13 millions de salariés. Le PEE concentre 166 milliards EUR dont 70 milliards en fonds d’actionnariat salarié. Les BSPCE représentent 67 % des plans d’intéressement en startup (90 % des entreprises French Tech disposent d’un plan), et 4 % du capital du CAC 40 est détenu par les salariés.

La France est championne européenne de l’actionnariat salarié coté avec 31 % de salariés actionnaires (EFES). Les investissements ont atteint 4,71 milliards EUR en 2024 (+5,4 %), avec un taux de souscription record de 53 %. La loi de partage de la valeur de 2023 a relevé le plafond d’AGA de 10 % à 15 % du capital, et depuis janvier 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur.

Blockpulse propose des BSPCE 100 % digitaux sur blockchain via le cadre juridique du DEEP. Equify couvre RSU, Stock Options, BSPCE et Tokens. La tokenisation simplifie le suivi de l’actionnariat salarié, automatise les droits via smart contracts et offre une liquidité accrue sur les marchés secondaires numériques.

Euronext Paris et le marché boursier français

Euronext Paris, principale place boursière française, fait partie du groupe Euronext qui opère dans huit pays européens. La capitalisation boursière globale d’Euronext a atteint 6 700 milliards EUR en décembre 2025, avec plus de 1 900 émetteurs (contre 1 800 en 2024). Euronext Paris compte plus de 800 sociétés cotées et 5 300 investisseurs institutionnels.

Le CAC 40, indice de référence des 40 plus grandes capitalisations françaises, pèse entre 1 900 et 2 619 milliards EUR selon les périodes, représentant environ 20 % de la capitalisation de la zone euro. Les trois premières capitalisations sont LVMH (337,25 milliards EUR), Hermès (228,98 milliards EUR) et L’Oréal (212,16 milliards EUR).

Euronext Growth, marché MTF destiné aux PME enregistré comme SME Growth Market sous MiFID II depuis octobre 2019, permet des prospectus allégés et des obligations simplifiées. Près de 1 500 PME sont cotées sur les marchés Euronext. Le programme IPOready a accompagné 160 entreprises en 2025, le plus grand programme pré-IPO d’Europe. Les revenus d’Euronext ont atteint 1,8 milliard EUR en 2025 (+12,1 %) dans le cadre du plan stratégique « Innovate for Growth 2027 ». L’investissement de 5 millions EUR dans Tokeny Solutions (23,5 %) illustre le positionnement sur la tokenisation.

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